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« UN HEROS DE L'OMBRE S'EN EST ALLE »
Paul Negem est mort le 16 juin 2016, suite à une longue maladie contre laquelle il a mené un combat sans concession,
luttant avec calme et détermination.
Stoïque, il l’aura été tout au long, avec une lucidité arrimée à une combativité qui forçait le respect puisqu'il s'agissait de se battre jusqu'à la survenue de l'inéluctable, quelques mois après avoir fêté ses 80 ans. Mordant à pleines dents cette pomme de vie qui ne l'aura ni ménagé ni épargné, il aura fait montre d'une grande résilience. Mais toujours avec une sérénité qui forçait le respect.
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Porté par de fortes convictions de justice sociale il va adhérer très tôt à la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc). La fibre militante en bandoulière, il poursuivra son engagement social dans le mouvement syndical en s'affiliant notamment à la puissante Union nationale des travailleurs du Sénégal (Unts) de l'époque. Il va participer à ce titre à la grande grève ouvrière de 1968 qui a secoué les bases du régime senghorien. Suivra une phase de reflux qui verra Paul Negem démissionner de toutes ses responsabilités syndicales en 1972, suite à la dissolution de l'Unts et à son refus subséquent de rejoindre la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), adepte de la participation responsable qu'il abhorrait. Il mettait ainsi sous le boisseau quelque 22 années de militantisme associatif et syndical. Sauf qu'il lui sera difficile de faire table rase du passé. Aussi allait-il s'investir autrement en faisant preuve d'une grande empathie.
De lui, Babacar Touré, dira le 12 janvier 1995, lors de l'inauguration de «Sud Fm», en présence des Présidents Abdou Diouf, Ahmed Ould Taya de Mauritanie, Alpha Oumar Konaré du Mali, toute la dette morale du groupe «Sud Communication». Il avait en effet rendu possible l'aventure d'un groupe de cinq journalistes qui nourrissaient le rêve de créer un organe de presse indépendant. Durant les premiers jours de l'année 1986, racontait Paul Negem, Babacar Touré était venu le voir pour lui dire à brûle-pourpoint : " Nous sommes un groupe de cinq journalistes qui envisageons de démissionner de nos rédactions respectives et avons cotisé chacun la somme de 100.000FCfa pour nous lancer dans l'aventure de la création d'un organe de presse indépendant, qui ne soit la caisse de résonance d'aucun pouvoir, quel qu'il soit".
Et sans se démonter, il va préciser afin de lever toute équivoque : " Pour le moment, nous n'avons pas les moyens financiers pour assurer la parution d'un journal. Voilà pourquoi je viens te voir et te demander si tu accepterais de te lancer avec nous dans l'aventure et de nous imprimer jusqu'au moment où nous serons en mesure de payer l'imprimerie". Il avait décidé de relever le challenge, sous le charme de cette aventure audacieuse à laquelle on le conviait avec ingénuité et panache. Pour emporter l'adhésion de sa hiérarchie, il a expliqué s'être engagé en cas de non-paiement des factures après une période plus ou moins longue à ce que, en cas de défaillance, l'imprimerie se fasse payer sur son capital retraite. Il n'en sera rien bien heureusement car il sera remboursé de toutes ces dettes bien des années plus tard. En tout état de cause, le militant ouvrier devenu responsable de la production ne pouvait pas ne pas saisir l'opportunité de contribuer ainsi de manière effective à l'émergence d'une presse plurielle. Il s'agissait par ce biais de réhabiliter l'information en se mettant au service exclusif de la vérité tout en se faisant "la voix des Sans Voix".
Ainsi le Président du Groupe «Sud Communication» de rendre un vibrant hommage à ce grand cœur en l'apostrophant de si belle manière : "Paul, Sud…. c'est aussi toi !". L'image qu'on gardera de cette belle âme, c'est son engagement comme le confirment du reste ses enfants avec une once de fierté.
Et Babacar Touré de rajouter ces mots dans la corbeille : "Paul, un homme bien, un homme de bien, un combattant tranquille , l'ami des bons et des mauvais jours, le bienfaiteur discret, attentif et attentionné continuera de nous inspirer. Le Sénégal du Savoir, de la Démocratie et des libertés, doit beaucoup à ce héros de l’ombre, toujours fidèle et fraternel, dépositaire des valeurs et vertus de l'honnête homme, digne et humaniste. Salut l'Artiste!" La vie de ce natif de Fatick n'aura pourtant pas été de tout repos. Très tôt il sera arraché à son royaume d'enfance pour se retrouver à 3 ans à Ngazobil. Comme il y côtoyait plusieurs Paul; il fut prénommé Petit Paul (il l'était par l'âge, par la taille) pour le différencier des autres. Et il n'était pas rare, même jusqu'à la fin de sa vie d'entendre l'appeler par ce sobriquet qui l'aura accompagné toute sa vie durant. Curieux de tout, assoiffé de connaissances, la foi bien trempée, il comprenait qu'il ne fallait pas subir son destin mais aller à sa rencontre, l'accoucher. Ce à quoi il s'est appliqué. Muni de son seul certificat d'études, il est entré comme apprenti à l'imprimerie Saint Paul, au cœur de toutes les mutations, gravissant les échelons à la force de son travail et de son engagement, il accèdera au poste de maitre imprimeur, directeur adjoint, sous directeur , chargé de la Production, de la formation et de la relation clientèle. Du statut d'imprimeur il accèdera à celui d'éditeur de certains essayistes bien connus de la place. En 2013 il a été parmi les 200 patriotes sélectionnés par le Comité préparatoire du cinquantième anniversaire du PAI, en reconnaissance à son engagement pour la défense des libertés démocratiques et la conquête de l'indépendance du Sénégal.
Adieu Petit Paul, que la terre te soit légère !
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