"Un matin de décembre 2011, une femme suit à la télévision l’émission Kinkéliba. Elle entend l’invité du jour commenter un ouvrage. Pour le qualifier, il emploie le terme de Njukël.
Comment le traduire ? Témoignage de reconnaissance, devoir d’hommage, récompense pour services rendus ? C’est sans doute tout cela à la fois, et bien plus encore.
Le déclic se fait et Débo prend alors la ferme décision de relater la vie de sa mère, cette femme exceptionnelle disparue à quatre-vingt-seize ans, grande, forte, et d’une culture exquise.
Une meilleure plume que la mienne devrait faire sa biographie et célébrer, à travers elle, la mamie sénégalaise accomplie. En parcourant l’histoire de sa vie, les Sénégalais renaîtraient alors aux valeurs qui grandissent l’être humain : l’ardeur au travail, le sens du devoir, la dignité dans l’épreuve, le respect de la famille, la foi en Dieu dont notre Sénégal raffole. Ils profiteraient de sa connaissance de la vie à la cour des Damels du Cayor et des Rois du Sine, du milieu intellectuel de l’époque coloniale, de l’Église africaine d’alors, du coriace paganisme de certaines redoutes du pays profond.
Elle fut une épouse, puis une mère et une grand-mère de rêve, à l’élégance sobre mais majestueuse, au port de tête altier d’une porteuse d’eau, au teint noir mat et à la peau satinée, malgré ou par les ans, au rire cristallin et tonique, et aux yeux malicieux derrière ses lunettes claires, sous un front lumineux d’ascète dans lequel on peut se mirer à toute heure. À la fois friande et généreuse d’anecdotes savoureuses, elle se mue au fil d’une conversation, de la petite fille enjouée et taquine en jeune fille coquette qui mime ses prétendants, puis en sage-femme rigoureuse qui prépare son nécessaire de soin pour aller sauver des vies sur les pistes noires du Sénégal des années trente. C’est la même Adja Safiétou Hélène qui devient tour à tour fugueuse pour défendre un enfant injustement traité, éthérée en évoquant la toute puissance divine, nostalgique en supposant sa solitude future dans un cimetière musulman, elle dont nombre de proches reposent au cimetière catholique de Bel Air, chagrine quand elle évoque une déception en amitié féminine, et intraitable quand elle relate un manquement aux bonnes mœurs ou à l’honneur.
Quelle personne d’exception, pour rester belle malgré l’âge et les ennuis de santé qui forcément l’accompagnent, les épreuves inhérentes à la vie de toute femme, pour rester à l’écoute des problèmes de tous, curieuse d’apprendre tous azimuts, informée de la dernière actualité, sensible aux idées jeunes et aux innovations diverses d’une société sénégalaise dévorante ! Et par-dessus tout, pour rester jusqu’à la fin prête à échanger, communiquer, partager avec tout un chacun les trésors de ses expériences, de ses prières, et de son ineffable rire qu’on ne voudrait plus voir s’arrêter quand il éclate.
Ma relation avec cette dame était forte, étant née de mon amitié avec sa fille Débo. Amitié, le mot est lâché ! Débo, que sa naissance prédisposait à être historienne, se fera romancière. Celle dont on attendrait orgueil et démesure est effacée, humble, discrète. Elle minimise ses dons qui seraient restés méconnus, si sa maman n’avait laissé un message : « Si j’avais une bonne plume, je relaterais le film de ma vie. »
Lorsqu’une personne disparaît, ses paroles deviennent plus audibles. De murmures, elles se transforment en ordres impérieux parce qu’elles ne s’adressent plus à l’ouïe, mais parlent au cœur. Mame Hélène somnole à Touba depuis quelques années, mais sa voix s’est faite insistante de jour en jour. Débo prend alors son stylo, Absa son double se met au clavier. Ses enfants Baba, Dadou, Rama et Hélène s’érigent en censeurs sévères, et le tour est joué.
Un livre est né qui séduira tous les lecteurs, même ceux qui n’apprécieraient ni cette préface ni son auteur, même ceux dont la lecture n’est pas la tasse de thé, et même ceux qui se méfient des princesses, car Débo Souka Diop, fille de Bamba, lui-même fils de Mbakhane, ce dernier fils de Lat Dior Ngoné Latyr Diop, est une linguère. En effet, l’écriture ciselée, les mots justes, l’émotion qui se dégage de ce texte, sont des atouts majeurs.
Que dire de la riche carrière professionnelle d’Hélène Basse, sage-femme d’État? Tellement sage et tellement femme, la grande Hélène ! Merci Bo, de l’avoir ainsi immortalisée.
Bonne lecture à tous, Yam
"Le Privilège d'être ta fille" de Débo Souka Diop paru aux Editions et Diffusion Athéna
Disponible à Dakar chez:
– Mona Lisa Papeterie – Librairie à Ngor à côté de la Station Shell (6 route de Ngor).
– Buro Plus 100 Rue Moussé Diop à côté de lInstitut Français Dakar et en face de la Mosquée.
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"Un matin de décembre 2011, une femme suit à la télévision l’émission Kinkéliba. Elle entend l’invité du jour commenter un ouvrage. Pour le qualifier, il emploie le terme de Njukël.
Comment le traduire ? Témoignage de reconnaissance, devoir d’hommage, récompense pour services rendus ? C’est sans doute tout cela à la fois, et bien plus encore.